C'est d'un père ingénieur et d'une mère au foyer que naît Carole Bouquet, le 18 août 1957, à Paris. La jeune fille se découvre des dons et un intérêt certain pour la comédie tandis qu'elle effectue sa scolarité chez les Dominicaines, à Mortefontaine. Précoce, elle décroche son bac à 15 ans, puis s'inscrit en parallèle en philo à la Sorbonne, et au Conservatoire, où elle suit les enseignements du grand professeur Antoine Vitez. Elle en sera néanmoins renvoyée à deux reprises... En 1976, elle tourne dans un feuilleton télé, "La famille cigale", avant d'être choisie, à tout juste 17 ans, par un Luis Buñuel bien inspiré qui en fait Cet obscur objet du désir, à parts égales avec la comédienne espagnole Angela Molina. Un film gigogne superbe et déroutant, qui lance la toute jeune comédienne dont on loue déjà l'immense beauté. Après un petit film allemand, Bertrand Blier lui propose, lors d'un voyage à New York, de jouer le rôle d'une austère femme qui ne serait autre que la Mort, dans Buffet froid. Déjà ce profil de beauté glacée et inaccessible, que l'actrice ne cessera de combattre pendant le reste de sa carrière, et une première rencontre avec Gérard Depardieu, dont elle ne va plus cesser de croiser le chemin. Suit un film inédit italien (Il cappotto d'astrakan), et Carole Bouquet décroche le pompon en devenant une James Bond girl de charme dans Rien que pour vos yeux, dernier opus joué par Roger Moore. Pour autant, la comédienne ne se laisse pas berner par les sirènes hollywoodiennes, et porte plutôt son choix et son exigence sur Werner Schroeter, réalisateur allemand réputé pour ses films âpres et complexes. Dans Le jour des idiots, elle pénètre d'ailleurs le monde de la folie, et dira plus tard avoir goûté pour la première fois au plaisir d'être comédienne avec ce rôle... L'Italie est entre-temps tombée amoureuse d'elle, et la réclame pour des films plus légers : Mystère, dans lequel elle joue le rôle d'une prostituée répondant à ce drôle de patronyme, et Bingo Bongo, une comédie écologique dans laquelle elle a pour partenaire Adriano Celentano. Et c'est entre la France et l'Italie qu'elle tourne Le bon roi Dagobert, dans lequel elle incarne la belle Héméré aux côtés de Coluche, avant de devenir la femme de Gérard Depardieu dans Rive droite, rive gauche. Un film qui prouve, si besoin était, ses capacités de comédienne. Otage consentante de Jean-François Stévenin et Yves Afonso dans le troublant, délicieux et alpin Double messieurs, sa carrière peine pourtant à trouver un second souffle en ce milieu des années 80. C'est Bertrand Blier qui le lui donnera, en l'opposant à nouveau à Gérard Depardieu dans Trop belle pour toi. Un rôle d'une superbe ambiguïté puisque l'actrice y campe l'épouse délaissée d'un homme au profit d'une femme autrement moins belle qu'elle (et jouée par Josiane Balasko). Carole Bouquet sera nommée au César de la Meilleure actrice pour l'occasion. Valsant entre les bras de Jonathan Pryce et de Christopher Walken dans la romance sur fond de monde de la mode D'une femme à l'autre, elle tient son propre rôle dans la comédie Grosse fatigue, qui voit Michel Blanc dépossédé de lui-même par un sosie maléfique. Et puis Carole reprend au pied levé le rôle-titre de la grande résistante Lucie Aubrac, laissé vacant par Juliette Binoche, avant d'incarner une grande bourgeoise dans Le pique-nique de Lulu Kreutz et une femme adultère dans la France des années 60 pour Un pont entre deux rives, co-réalisé par Gérard Depardieu, entre-temps devenu son compagnon (elle avait précédemment été mariée au producteur Jean-Pierre Rassam, décédé en 1985 et dont elle a eu un fils, Dimitri). Si elle n'a qu'un petit rôle dans Wasabi (la tendre amie de Jean Reno), Carole Bouquet se taille aujourd'hui la part du lion dans deux films dits “de groupe”. D'abord dans Blanche, de Bernie Bonvoisin, où elle incarne une Anne d'Autriche adepte de substances illicites, mais surtout dans Embrassez qui vous voudrez, de son vieux complice Michel Blanc, dont elle joue ici l'épouse dans cette délirante partie de vacances normandes pour quatre couples en goguette. Et l'actrice vient de terminer un premier film (fait rare dans sa filmographie), la comédie douce-amère Bienvenue chez les Rozes, de Francis Palluau et avec Lorànt Deutsch et Jean Dujardin. Enfin, difficile de terminer la biographie de Carole Bouquet sans évoquer les années où elle a été le visage de la marque Chanel, et le porte-parole toujours combattif d'une association militant contre l'enfance maltraitée, La Voix de l'Enfant.